Le 30e anniversaire de la victoire de Chantale Daigle: Manifeste des femmes du Québec

À l’été de 1989,  la Coalition québécoise pour le droit à l’avortement libre et gratuit a assumé le leadership de la mobilisation du mouvement féministe en soutien à Chantale Daigle qui était sous le coup d’une injonction lui interdisant de se faire avorter.

Dans l’attente de la décision de la Cour d’appel du Québec, la CQDALG publie le  24 juillet le Manifeste des femmes du Québec et appelle à une manifestation de solidarité pour le 27 juillet 1989. Voici le texte intégral de ce Manifeste, toujours aussi pertinent 30 ans plus tard.

 

Manifeste des femmes du Québec

Depuis toujours, nous portons les enfants et nous les élevons, souvent seules.

L'avortement est une nécessité pratiquée lorsqu'une femme a décidé de ne pas mettre un enfant au monde. Quand nous interrompons une grossesse, ce n'est qu'après mûre réflexion.

De tout temps, nous avons eu recours à l'avortement, même si nous devions le faire dans la clandestinité. Nous ne voulons jamais plus revenir en arrière, mourir ou être traitées en criminelles parce que nous avons avorté.

Nous dénonçons les politiciens et les juges qui accordent de la crédibilité à des minorités d’extrême droite. Ces mouvements prônent la violence contre les femmes et veulent imposer leur loi au pays tout entier. Après l’avortement, que vont-ils attaquer ? La contraception, le divorce, le travail salarié des femmes et le principe même de l’égalité.

Nous ne reconnaissons à personne d'autre qu'aux femmes elles-mêmes le droit de décider de l'utilisation de leur propre pouvoir de reproduction.

Forcer une femme à mener à terme une grossesse non désirée est un viol. La forcer, sous la menace d'emprisonnement, à porter dans son corps un enfant qu'elle ne veut pas mettre au monde, c'est de la violence physique et psychologique.

Jusqu’à maintenant, les décisions des tribunaux dans l’affaire Chantale Daigle démontrent que la magistrature s’est faite complice de la violence conjugale. Ces jugements sont fondés sur des principes sexistes qui légitiment l’appropriation des femmes par les hommes, et non sur des principes de justice fondamentale qui garantissent aux femmes l’égalité.

Nous dénonçons le juge Viens qui a cautionné la brutalité et la violence conjugale dont a été victime Chantale Daigle et dont le jugement relègue les femmes à un rôle de mère porteuse non consentante et à bon marché.

Nous considérons que la situation est très grave.

Après vingt ans de luttes acharnées, nous avions gagné le droit de contrôler notre force reproductrice, lorsque la Cour suprême a invalidé les dispositions criminelles sur l’avortement. Nous refusons de perdre des acquis précieux. Nous ne cèderons pas devant les menaces et la violence de certains hommes.

Cette lutte dépasse celle de l’avortement. Il s’agit d’une atteinte à notre dignité, à notre liberté de conscience et à notre droit à l’égalité.

Si les gouvernements fédéral et provincial ne protègent pas notre droit à l’avortement, les femmes devront déclarer un état d’urgence.

Nous allons nous défendre.

Les femmes du Québec exigent :

1. La levée immédiate de l'injonction qui pèse contre Chantale Daigle.

2. La démission du juge Viens.

3. La reconnaissance publique par les gouvernements fédéral et provincial :

 - du plein pouvoir des femmes sur leur force reproductrice pour qu'elles puissent décider d'avoir ou ne pas avoir d'enfant;

 - des services médicaux gratuits, de qualité, accessibles dans toutes les   régions.

Nous aurons les enfants que nous voulons!

24 juillet 1989

Posté sur 2019-08-09
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