Comment le Canada peut-il améliorer la santé mondiale?

Par Sarah Kennell*
Version anglaise d’abord paru dans le Blogue Huffington Post  de CCIC intitulé Development Unplugged

Les Objectifs de développement durable (« ODD ») des Nations Unies font une large place à la santé, ce qui est normal puisque cet enjeu nous touche tous. Qu’il s’agisse d’une nouvelle stratégie pour contrer le virus Ebola ou de l’assurance que les réseaux de santé répondront aux besoins de la population, la santé est un droit fondamental essentiel à la réussite sur les plans économique, social et environnemental.

L’ODD no 3 (« Permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous à tout âge ») comporte un certain nombre de cibles : mortalité maternelle, VIH/sida, santé sexuelle et procréative, et impacts environnementaux. La santé est également une cible logique et essentielle de plusieurs autres objectifs, dont ceux liés au genre, à l’environnement, à la pauvreté et à la consommation. Pareille approche confirme l’évolution survenue depuis les Objectifs du Millénaire pour le développement (« OMD ») en matière de développement international, les nouveaux ODD reposant sur un cadre intégré fondé sur les droits de la personne.

Cette évolution est particulièrement marquée au chapitre du traitement que réservent les ODD à la santé sexuelle et procréative.

L’approche retenue par les OMD à ce sujet compartimentait les enjeux. Ainsi, la mortalité maternelle était distincte de l’égalité de genre, bien qu’il soit désormais évident que les progrès au chapitre des droits des femmes réduisent le taux de mortalité maternelle. Pour leur part, plusieurs des ODD ciblent la santé sexuelle et procréative, confirmant ainsi les liens entre l’atteinte de cette dernière et les succès dans d’autres secteurs, ainsi que la nécessité d’incorporer les déterminants sociaux de la santé aux programmes d’éducation, et de promouvoir l’égalité de genre dans le domaine commercial.

Pourtant, tout n’est pas encore réglé.

Les négociations ayant mené aux ODD ont confirmé que les gouvernements n’étaient guère enthousiastes à y intégrer la santé sexuelle et procréative, et le Programme de développement durable des Nations Unies ne comporte aucune référence claire ni aux services d’avortement légaux et sans risques ni au concept d’éducation sexuelle complète, pourtant deux piliers de la santé.

La mise en œuvre des ODD en sera pareillement affectée, la santé – notamment sexuelle et procréative – ne pouvant être pleinement assurée que si elle est traitée de façon intersectorielle. Les ministères nationaux de la Santé devront donc travailler en partenariat avec les ministères de l’Éducation, du Travail, de l’Immigration et de la Justice. Certains pays donateurs tels la Suisse ont déjà lancé ce processus, lequel exigera une grande volonté politique et un financement conséquent.

Les indicateurs sont également loin d’être arrêtés. Tout en demeurant neutre sur le plan politique, sa qualité de membre du groupe d’experts interagences pour les indicateurs sur les ODD permettrait au Canada de jouer un rôle appréciable en s’assurant que les indicateurs, en plus d’être qualitatifs et quantitatifs, seront axés sur les droits de la personne. Ces indicateurs permettraient ainsi de bien évaluer la disponibilité, l’accessibilité, l’acceptabilité et la qualité des soins en www.francemedicale.net et des services de santé sexuelle et procréative. Au besoin, il serait possible de s’inspirer de documents tel le guide pour mesurer et mettre en œuvre les indicateurs des droits de l’homme publié par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.

Les gouvernements auront aussi pour tâche d’élaborer des stratégies nationales et internationales de mise en œuvre du nouveau programme, lesquelles devront incorporer des normes de droits de la personne et en opérationnaliser les principes, départager les responsabilités de chaque palier de gouvernement et de chaque ministère, et soutenir des mécanismes de suivi impliquant la fonction publique, les élus, le milieu universitaire, les experts en développement, les donateurs, ainsi que les organismes autochtones et de la société civile, notamment ceux défendant les droits des femmes, des jeunes et d’autres segments marginalisés de la population. Tous ces éléments permettront non seulement de donner corps aux ODD, mais aussi de respecter les obligations qu’imposent aux gouvernements les traités internationaux dont ils sont signataires.

Que pourrait donc faire le Canada? Deux choses, en fait.

La première serait de se doter d’une politique internationale sur les droits sexuels et procréatifs, laquelle axerait sur les ODD les interventions de notre pays en matière de santé sexuelle et procréative, d’égalité de genre et de droits de la personne.

La seconde serait d’élaborer une stratégie nationale de mise en œuvre des ODD tant au Canada qu’à l’étranger. Cette stratégie devra respecter les droits de la personne et la notion de diversité, en plus de promouvoir l’égalité de genre, l’autonomisation des femmes, le besoin de changement et l’universalité.

En termes pratiques, le Canada devrait commencer par bonifier son engagement envers la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants en l’assortissant d’une gamme complète de services de santé sexuelle et procréative, dont d’avortement.

Le programme de développement durable a une portée universelle. Le gouvernement fédéral devrait donc se pencher sur l’efficacité des réseaux publics de santé, offrir des services de santé (y compris sexuelle et procréative) équitables aux personnes migrantes et réfugiées, éliminer les disparités interprovinciales liées à l’offre de soins (dont des services d’avortement), et garantir des soins abordables (dont l’accès à des antirétroviraux), notamment par le biais d’un régime national d’assurance médicaments.

Les ODD ne changeront la planète que s’ils reposent sur une grande volonté politique et un financement conséquent.

Les gouvernements devront collaborer pour assurer de façon holistique la santé sexuelle et procréative de leurs populations. La mise en œuvre des ODD ne sera qu’un premier pas.

*Sarah Kennell est Agente des affaires publiques de Action Canada pour la santé et les droits sexuels, un organisme de bienfaisance pro-choix et progressiste voué à la promotion et à la défense de la santé et des droits sexuels au Canada et à l’étranger.

Posté sur 2015-10-08