Action Canada milite pour des investissements fédéraux dans une approche nationale coordonnée de l’éducation complète à la sexualité (ECS) et dans une analyse des risques liés à la désinformation basée sur l’IA et les plateformes, dans les domaines de la sexualité, de la santé sexuelle et génésique et du genre.
À l’heure où l’intelligence artificielle (IA) générative influence ce que nous voyons et croyons, le besoin d’informations exactes sur la sexualité, la santé et le genre n’a jamais été aussi urgent. Les sociétés de technologie aiment « agir vite et tout bousculer », mais cette approche ne convient pas aux services et à l’éducation en matière de santé sexuelle. Les enjeux sont trop grands pour agir sans plan pour la sécurité et le bien-être de tou·te·s les Canadien·ne·s. Voici les tendances que nous suivons de près dans le domaine de l’IA et de la santé :
- Les contenus générés par l’IA et la mésinformation/désinformation de nature sexuelle se propagent dans les médias sociaux sans contrôle rigoureux. La mésinformation et la désinformation sur la santé sexuelle génèrent un fort engagement en ligne, ce qui permet aux entreprises de médias sociaux et aux influenceur·euse·s de monétiser leur contenu. Le Canada prend du retard sur les autres pays qui tentent de répondre à la mésinformation en ligne (p. ex. en interdisant les médias sociaux aux enfants ou en bloquant certaines plateformes ou fonctionnalités). De fait, plusieurs gouvernements et politicien·ne·s du Canada continuent d’utiliser des plateformes problématiques, où les annonces gouvernementales importantes coexistent avec la mésinformation néfaste et haineuse.
- Les plateformes et les sociétés de technologie n’hésitent pas à prendre parti contre la santé sexuelle. Les pratiques de modération suppriment ou interdisent souvent les contenus ou les comptes traitant de sexualité ou de genre. Les informations de santé sexuelle concernant l’avortement sont fréquemment signalées comme du « contenu politique », ce qui les soumet à des règles différentes de celles qui s’appliquent aux informations générales sur la santé. Parallèlement, ces plateformes permettent aux utilisateur·trice·s de créer et de partager des contenus pornographiques et non consensuels générés par l’IA. Cela ne fait que renforcer la tendance, au sein du public, à puiser des informations erronées sur la santé sexuelle dans la pornographie plutôt que d’obtenir des informations exactes auprès d’éducateur·trice·s en santé sexuelle.
- La mésinformation et la désinformation en ligne contribuent à des résultats de santé défavorables concrets. Les informations fournies par les plateformes d’IA comme ChatGPT en réponse aux questions relatives à la santé sexuelle sont inexactes dans 36 % des cas. Dans le cadre de l’Étude de suivi annuelle sur la santé et les médias de l’Association médicale canadienne, 23 % des répondant·e·s ont déclaré que des conseils trouvés en ligne avaient eu un impact négatif sur leur santé. Les informations erronées peuvent retarder les soins ou le traitement de problèmes de santé sexuelle courants, ce qui augmente la pression sur notre système de santé déjà surchargé lorsque les personnes doivent se faire soigner pour des affections qui s’aggravent.
- Les gouvernements investissent de plus en plus dans l’IA, mais pas assez dans les soins de santé publics. Partout au pays, les centres de santé sexuelle font face à des coupes et à des lois anti-éducation sexuelle qui nuisent à leur capacité à servir le public. Les gouvernements manquent de fonds pour les écoles et les cliniques de santé sexuelle, mais investissent toujours plus dans les nouvelles sociétés et technologies d’IA. Les expert·e·s sont d’avis que l’IA est une bulle économique. Pourquoi financer des technologies et des sociétés qui n’ont pas fait leurs preuves, alors que les besoins fondamentaux de nos systèmes de santé et d’éducation demeurent criants?
- Les données sur la santé sexuelle sont un enjeu de sécurité nationale. Le Canada ne dispose pas de l’infrastructure technologique nécessaire pour développer une plateforme de santé basée sur l’IA et gérée par l’État. Avec l’intégration croissante de l’IA dans nos systèmes de santé, la collecte et le stockage des données de santé des Canadien·ne·s seront confiés à des sociétés privées et étrangères. Considérant que plusieurs entreprises et pays sont hostiles à des enjeux comme l’accès à l’avortement et les soins d’affirmation du genre, nos gouvernements doivent évaluer le risque de leur accorder l’accès à nos informations de santé personnelles et le contrôle de celles-ci.
Nos leaders doivent agir face à l’IA. On ne peut la considérer simplement comme une occasion d’investissement et de réduction des coûts. L’IA continuera d’avoir un impact majeur sur notre accès à l’information et aux soins de santé sexuelle. Action Canada appelle le gouvernement fédéral à :
- Financer une étude intergouvernementale pour répondre à la désinformation basée sur l’IA et les plateformes dans le domaine de la santé et des droits sexuels et génésiques et du genre. Le gouvernement fédéral doit financer une étude intergouvernementale coordonnée sur les risques pour la santé publique et la démocratie posés par la désinformation basée sur l’IA et les plateformes, dans les domaines de la sexualité, de la santé sexuelle et génésique et du genre.
- Soutenir financièrement les ministères fédéraux afin qu’ils coordonnent l’accès à une éducation complète à la sexualité à l’échelle nationale. Le ministère fédéral de la Santé doit coordonner une approche nationale en matière d’ECS, afin que tou·te·s les jeunes, dans toutes les provinces et tous les territoires, aient accès à une éducation conforme aux Lignes directrices canadiennes pour l’éducation en matière de santé sexuelle et aux Lignes directrices pour intégrer la prévention de la violence fondée sur le genre dans l’éducation complète à la santé sexuelle.
- Utiliser ses pouvoirs de dépense pour assurer un financement durable des centres communautaires de santé sexuelle. Ces centres sont des partenaires communautaires essentiels du Plan d’action du gouvernement du Canada sur les ITSS, du Plan d’action fédéral 2ELGBTQI+ et du Plan d’action national pour mettre fin à la violence fondée sur le sexe. Les centres de santé sexuelle ont besoin d’un financement dédié et fiable pour continuer à fournir une ECS; former les enseignant·e·s, les éducateur·trice·s et les parents; et assurer l’accès à des soins de santé sexuelle et génésique essentiels.
Pour rester à l’affût des campagnes pour un Internet plus accessible et plus informatif, consultez les sites Web d’organismes comme OpenMedia, l’Association pour le progrès des communications, Feminist Principles of the Internet et l’Association canadienne des libertés civiles.
Pour plus d’information sur l’approche du gouvernement du Canada en matière d’IA, consultez le site Web de l’Institut canadien de la sécurité de l’intelligence artificielle.
Ce billet de blogue a été publié dans le cadre de notre campagne SexePlus : Semaine de la santé sexuelle 2026.