Le plaidoyer, c’est persévérer

Le plaidoyer est une affaire de persévérance : la lutte pour l’accès à l’avortement en Équateur

Par Consuelo Bowen Manzur, coordonnateur du litige stratégique au Centro Ecuatoriano para la Promoción y Acción de la Mujer Guayaquil (CEPAM-Guayaquil); et Nadia Donoso Sánchez, responsable des communications et du positionnement chez CEPAM-Guayaquil

Artwork by Alisa Pincay / @alisapincay
Illustration par Alisa Pincay / @alisapincay

Le mouvement féministe en Équateur a grandi, ces dernières années. Récemment, des féministes de tout le pays se sont réunies pour faire avancer le droit à l’avortement, ce qui a conduit à un jugement de la Cour constitutionnelle, le 28 avril 2021, décriminalisant l’avortement en cas de viol pour toutes les personnes qui peuvent être enceintes.

Il s’agit d’une victoire importante, car elle reconnaît l’avortement sûr comme service de santé essentiel. Ce moment historique s’inscrit dans le cadre plus large de la lutte féministe en Équateur, car il établit un précédent pour l’abolition d’autres obstacles à l’avortement.

L’accès à l’avortement en Équateur

Avant cet arrêt, l’avortement en cas de viol n’était autorisé que pour les personnes vivant avec un handicap mental, comme établi par le cadre juridique équatorien. Cependant, même cette voie d’accès restreint comportait des obstacles. L’un d’entre eux était que de nombreuses personnes, notamment dans le domaine médical, ne comprenaient pas la portée de la loi, de sorte que l’accès réel n’était pas toujours garanti, même dans ces limites.

C’est pour cette raison que le CEPAM-Guayaquil, au cours de presque trente-huit années d’existence, a travaillé à l’avancement des droits sexuels et génésiques, en Équateur, et à améliorer l’accès à ceux-ci.

Le 28 avril 2021, nous avons réussi à obtenir de la Cour constitutionnelle un jugement qui a décriminalisé l’avortement en cas de viol pour toutes les personnes qui peuvent être enceintes. Le CEPAM-Guayaquil, avec d’autres organismes, a présenté l’une des sept actions en justice pour inconstitutionnalité auxquelles ce jugement a donné raison. Il s’agissait d’un travail coordonné, résultant d’un accord et d’une alliance entre divers organismes avec lesquels nous avons continué à travailler en utilisant une stratégie politique et juridique commune.

Il est important de considérer la lutte pour l’accès à l’avortement en Équateur comme faisant partie des mouvements régionaux et mondiaux pour la santé et les droits sexuels et génésiques.

Le chemin vers cette victoire a été long. Tout a commencé par un groupe national appelé Free Abortion Ecuador, d’où sont nées des sections régionales, notamment à Guayaquil. Celles-ci ont organisé des réunions publiques pour discuter du droit à l’avortement, et à partir de là, elles ont formé des réseaux. Lorsqu’il fallait organiser des manifestations ou lorsque l’avortement était à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale, ces partenaires ont coordonné des événements simultanés dans tout l’Équateur.

La tenue de discussions et d’assemblées est extrêmement importante, non seulement pour s’organiser, mais aussi pour susciter la pensée critique. C’est l’une des réalisations les plus importantes de Free Abortion Ecuador : créer une place pour la logistique et pour le renforcement de l’appui du public au droit de décider.

Défis continuels dans la lutte pour les droits sexuels et génésiques

Malgré le succès de l’action en justice et les politiques en vigueur qui garantissent, du moins en théorie, un certain accès à l’avortement, il existe encore de nombreuses barrières sociales qui empêchent les gens d’exercer leurs droits. L’impact du machisme en Équateur est immense, et ne provient pas seulement des hommes cisgenres – il est ancré dans la société. Les groupes anti-droits constituent un autre défi majeur auquel nous sommes confronté-es. Les obstacles actuels sont liés à un manque de compréhension de la loi ainsi qu’à la criminalisation et à la stigmatisation des personnes qui décident d’avorter.

Ces attitudes sont largement ancrées dans le conservatisme. L’Équateur a toujours été très conservateur dans sa politique en matière de droits sexuels et génésiques. Il est également très religieux et puise dans ces croyances et dans l’idée traditionnelle que les femmes n’ont qu’un seul rôle : se marier, porter des enfants, etc. Nous nous interrogeons. Pourquoi n’avons-nous pas le droit de prendre nos propres décisions concernant notre corps? Pourquoi les politiques publiques qui nous concernent ne sont-elles pas axées sur nous?

Situer le mouvement équatorien dans le mouvement mondial

Il est important de considérer la lutte pour l’accès à l’avortement en Équateur comme faisant partie des mouvements régionaux et mondiaux pour la santé et les droits sexuels et génésiques. Partout dans le monde, les droits humains continuent d’être bafoués – la violence, la discrimination et les limitations à l’accès véritable à l’avortement persistent. Cette victoire en Équateur s’inscrit dans un contexte plus large. Nous pouvons regarder à l’échelle de la région comment l’Argentine l’a fait, comment l’Uruguay l’a fait, comment le Mexique le fait, et constater que ces victoires se renforcent les unes les autres. Il s’agit de luttes communes, de succès partagés et de solidarité dans la région.

Il est important que le public connaisse notre mouvement et soutienne les demandes que nous formulons afin que les gouvernements respectent et garantissent nos droits. Il est essentiel de comprendre et reconnaître les revendications de droits au palier mondial – et que les féministes du monde entier puissent s’identifier et se reconnaître dans ces luttes.

Agissez!

Vous souhaitez contribuer à appuyer le mouvement mondial pour la SDSG? Prenez un moment pour adresser un message Twitter au ministre du Développement international, Harjit Sajjan, pour l’exhorter à augmenter le financement mondial des organismes féministes de la base.

Posté sur 2021-11-03
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